04/11/2021 8 Minutes read

Le système de santé face à la COVID-19 : quelles leçons à tirer ?

Ceci est le premier d'une série de deux articles consacrés à l'impact de la pandémie de la COVID-19 sur le système de santé mondial. Le deuxième sera quant à lui consacré au design de services et à la manière par laquelle il peut rendre le système de santé plus réactif, plus efficace et plus facile à adapter en cas de futures pandémies.

Personnel hospitalier traitant des patients COVID-19

Près de deux ans se sont écoulés depuis décembre 2019 – date à laquelle le premier foyer de COVID-19 a été détecté en Chine. Malgré un contrôle strict, le virus a atteint l’Europe et le reste du monde en seulement quelques mois.

Les gouvernements du monde entier ont alors mis en œuvre différentes stratégies pour lutter contre la propagation. La Suède et le Royaume-Uni ont d’abord cru à l’immunité collective et décidé de limiter leurs mesures de restriction, tandis que la France, elle, a rapidement adopté des mesures strictes et décrété un confinement national.

Toutes sortes de comportements ont pu être observés : tandis que certains avaient peur de sortir de chez eux, d’être en contact étroit avec d’autres personnes, se lavaient les mains de manière obsessionnelle et faisaient la chasse aux produits “de première nécessité” dans les supermarchés, d’autres ne voulaient pas croire au virus et décidaient de poursuivre leur vie comme si de rien n’était.

Les pays et leurs populations ont dû s’adapter tout au long de cette période et de ses différentes phases :

  • La phase initiale : lutter contre l’incertitude engendrée par la pandémie et la pénurie d’équipements d’autoprotection.
  • La phase progressive : contrôler la situation en répondant rapidement aux défis et en réorientant les activités. 
  • La phase du “nouveau normal” : apprendre à vivre avec le virus. 

Dès la 1ère phase, la COVID-19 a affecté la vie des gens, les entreprises, l’éducation ainsi que de nombreux autres secteurs. Tandis que des personnes étaient hospitalisées, d’autres étaient confinées chez elles, ont vu leurs mouvements et leur mobilité limités, pendant que nous assistions à l’épuisement du système de santé et à la détérioration de la santé mentale du personnel hospitalier. Une nouvelle vie à laquelle nous ne nous attendions pas et à laquelle nous n’étions pas préparés.

Un système de santé sous pression

Il semblerait que la pandémie COVID-19 ne nous ait pas appris grand-chose de plus quant à l’état du système de santé. Simplement, nous avons fait face à toutes ses failles simultanément, alors qu’il était déjà sous tension et fonctionnait à plein régime.

Après presque deux ans de pandémie, nous pouvons maintenant prendre du recul, examiner et faire ressortir les problématiques qui ont conduit à cette crise mondiale. En voici quelques-unes :

Un manque de ressources et de flexibilité en matière de soins

Le manque de flexibilité, d’espace adéquat, de personnel et d’autres ressources nécessaires pour faire face à l’urgence médicale a posé de nombreuses difficultés et a ralenti un processus déjà en difficulté.

Des investissement limité dans les infrastructures sanitaires, la production d’équipements médicaux et la chaîne d’approvisionnement

À ce stade, il n’y avait pas de suivi des données en temps réel, ni de tests ou de traçage des cas de contact. Le manque d’approvisionnement et de distribution d’équipements nécessaires pour lutter contre le virus a été un véritable combat, plongeant les hôpitaux dans la pénurie et mettant en péril la vie du personnel hospitalier. À cela peut également s’ajouter le fait que la production et la distribution de vaccins n’étaient pas encore réellement à l’ordre du jour.

Des soins préventifs insuffisants

En moyenne en Europe, environ 3-5% des dépenses sont consacrées aux soins préventifs et seulement 50% de ces dépenses sont dédiées à des programmes de suivi médical. Une meilleure prévention des maladies chroniques permettrait d’avoir des populations en meilleure santé et moins exposées à des risques de pronostic grave en cas de nouvelles pandémies.

Une faible autonomisation des premiers soins et des soins à domicile

En raison du manque d’autonomisation des premiers soins et des soins à domicile, les patients n’ont pas pu bénéficier d’un suivi ou de consultations à distance depuis leur domicile, ce qui aurait pu soulager la pression sur les hôpitaux de manière considérable.

L’impact psychologique sur le personnel de santé

Le personnel hospitalier n’était pas prêt à traiter un si grand nombre de patients en état grave et à enregistrer un tel nombre de décès au quotidien.

Cela a eu pour effet de rendre plus difficile d’annoncer des dizaines de décès par jour de manière appropriée aux familles de victimes. Des stratégies d’adaptation ou des services de soutien auraient pu atténuer les effets négatifs de la pandémie sur le personnel de santé, mais ils n’étaient pas encore opérationnels.

Un manque d’investissement dans la digitalisation du système de santé

La plupart des pays n’étaient pas en mesure d’adopter la santé numérique et ce, pour plusieurs raisons : manque d’infrastructures, patients peu formés au numérique, pas d’accès à l’internet ou limités à une certaine catégorie sociale. En conséquence, un trop grand nombre de patients COVID-19 et de patients souffrant de maladies chroniques n’ont pas pu être suivis et soignés pendant cette période de confinement.

Les déficiences mentionnées ci-dessus ont, pour la plupart, été constatées à l’échelle mondiale. Le système de santé n’a tout simplement pas été conçu pour faire face à ce type de crise : un problème de santé imprévisible, de grande ampleur, nécessitant une mobilisation urgente des ressources et ayant un impact sur l’ensemble de la population et des secteurs d’activité.

Dans le chapitre suivant, nous aborderons les mesures prises pour relever ces défis, et qui ont été à l’origine de nombreuses initiatives, solutions et innovations.

Des actions concrètes pour lutter contre la COVID-19 

Malgré les graves conséquences de la pandémie sur le système de santé, nous avons assisté à des changements positifs rapides qui nous ont permis de prévenir, de contrôler, de combattre et de vivre avec la pandémie.

Nous avons été témoins d’initiatives, de changements et d’innovations, à plus ou moins grande échelle, menées par des individus, des entreprises ou des startups, couvrant non seulement les soins de santé, mais divers autres secteurs frappés par la pandémie.

Voici une liste d’exemples qui nous ont marqués : 

Au début de la pandémie, en raison du manque de lits d’hôpital, nous avons vu certains pays passer des soins hospitaliers aux soins à domicile. (1) Le Ayre Gran Hotel Colon, un hôtel quatre étoiles de 365 chambres situé dans le centre-ville de Madrid a été transformé en établissement médical pour traiter les patients présentant des cas légers de coronavirus. D’autres hôtels ont accueilli du personnel hospitalier exposé quotidiennement, ayant besoin d’un endroit sûr pour dormir à proximité de leur travail.

(2) La demande de produits de première nécessité ayant augmenté, Unilever a choisi de se focaliser sur ses marques d’aliments emballés, de nettoyants de surface et de produits d’hygiène personnelle au détriment d’autres produits, pour lesquels la demande avait diminué. L’explosion des achats en ligne et de la livraison à domicile a eu pour effet de repositionner non seulement les marques alimentaires, mais aussi les fabricants de produits d’hygiène personnelle.

Un autre exemple qui a affecté la vie quotidienne des gens et qui mérite d’être mentionné est celui des achats alimentaires. (3) Au début de la pandémie et pendant la période de confinement, la demande de services de transport de type taxi a chuté, mais s’est accompagnée d’une hausse de la demande de services de livraison à domicile. En effet, certaines personnes préféraient éviter tout contact avec le monde extérieur, tandis que d’autres étaient trop à risque pour pouvoir sortir.

Par conséquent, les entreprises de transport mondiales et locales ont adapté leur activité en conséquence pour privilégier les services de livraison.

(4) En raison de la pénurie de gel hydroalcoolique au début de la pandémie, les producteurs de spiritueux tels que Pernod Ricard, Diageo et Anheuser-Busch se sont mobilisés en mettant à disposition des stocks d’alcool permettant la fabrication de gel hydroalcoolique.

Dans la phase progressive, et à mesure que la société se familiarisait avec le virus, ses modes de propagation et ses effets, une nouvelle série de réactions a vu le jour.

(5) Après des années de scepticisme à l’égard de l’e-santé, nous sommes rapidement passés à la vitesse supérieure en adoptant les outils de soins virtuels et la téléconsultation. En effet, la crise sanitaire a eu l’avantage de permettre aux médecins et aux patients de se familiariser avec ces évolutions, ce qui aura pour conséquence d’augmenter l’accès universel aux soins, notamment pour les patients vivant dans des zones de déserts médicaux.

(6) Le secteur du divertissement a également beaucoup souffert de cette crise, mais certains ont su se réinventer et exploiter les opportunités qui se présentaient. C’est notamment le cas des organisateurs du festival du film de Vilnius en Lituanie.  Face à une quarantaine nationale, à la suspension des vols internationaux et à la fermeture des cinémas, l’aéroport international de Vilnius, le plus grand aéroport international de Lituanie, a été transformé en cinéma de plein air.

À mesure que les campagnes de vaccination ont été lancées à travers le monde et que la situation nous est devenue moins mystérieuse, des innovations étonnantes ont vu le jour, lesquelles continueront à soutenir le “nouveau normal”. Pour n’en citer que quelques-unes :

(7) La livraison d’équipements médicaux par drone réalisée par Zipline International Inc. est désormais possible aux États-Unis. Elle a permis la livraison sans contact de dispositifs de protection et autres dispositifs médicaux sur les campus de médecine de Novant Health. À l’aller comme au retour, les drones Zipline peuvent parcourir jusqu’à 160 km, atteindre une vitesse maximale de 130 km/h, quelles que soient les conditions météorologiques, et transporter jusqu’à 2 kg de marchandises.

(8) Si ce n’était pas déjà le cas, l’éducation et le transfert de connaissances dans le domaine de la médecine sont désormais un enjeu vital.

Les cliniciens les plus expérimentés doivent pouvoir former rapidement et quotidiennement leurs jeunes collègues. Toutefois, lorsque l’hôpital est saturé de patients, comme ce fut le cas pendant la crise de la COVID-19, rien de tout cela ne peut être fait en toute sécurité et avec efficacité.

La formation en face à face étant difficile, cette situation continue d’offrir d’excellentes opportunités visant à fournir des solutions sûres et accessibles pour former à de nouvelles méthodes de travail tout en assurant la sécurité des patients.

De son côté, le géant Microsoft s’est associé à l’Imperial College Healthcare NHS Trust afin de mettre à disposition le casque de réalité mixte HoloLens dans le cadre de la formation des médecins. Le système envoie un flux vidéo en direct sécurisé vers un écran d’ordinateur situé dans une pièce voisine, ce qui permet aux équipes de soins de suivre en direct tous les gestes du médecin. Le tout à une distance de sécurité.

Trois scénarios possibles qui auront une incidence sur le système de santé

La question de l’ère post-COVID, et de la date à laquelle la pandémie prendra fin, fait encore l’objet de nombreux débats. La revue internationale de recherche scientifique et technologique, Nature, envisage trois scénarios :

Le premier scénario proposé par les chercheurs est assez inquiétant. La vaccination ne conférant pas d’immunité durable, la société ne parviendra pas à maîtriser la pandémie et devra faire face à la persistance de maladies graves, associées à des taux d’infection élevés qui pourraient favoriser l’évolution du virus.

Un deuxième scénario, plus probable, est la transition vers une maladie épidémique saisonnière telle que la grippe. Des traitements efficaces qui empêchent la progression de la maladie (par exemple, des anticorps monoclonaux réduisant les hospitalisations et les décès de 70 à 85 %) pourraient réduire le taux de contamination à des niveaux équivalents, voire inférieurs, à ceux de la grippe.

Le troisième scénario est celui de la transition vers une maladie à caractère endémique (spécifique à une population ou à un pays particulier), à l’instar d’autres infections de type coronavirus et dont l’impact sur la santé sera bien moindre que celui de la grippe ou du SRAS-CoV-2. Cependant, les données restent encore limitées et il n’est donc pas encore possible de prédire en toute certitude si les nouvelles adaptations du SRAS-CoV-2 à l’homme vont augmenter ou diminuer.

La COVID-19 a démontré à la fois l’importance des initiatives, des innovations et de la coopération internationale dans la lutte contre ce fléau. Cela étant, les responsables de la santé mondiale devront rester vigilants et se préparer à affronter les événements à venir. Ils devront notamment se focaliser sur les soins préventifs et se tenir prêts à répondre à de nouveaux défis.

Ils devront également veiller à ce que le système soit restructuré de manière à ce que le plus grand nombre possible de patients puissent être traités à distance.

À cela s’ajoute aussi le besoin de mettre en place des systèmes de suivi et d’analyse de données fiables, et de maximiser l’efficacité opérationnelle en mettant à disposition des ressources flexibles.

Dans le prochain article, nous nous pencherons sur ce que le Design Thinking peut faire pour le design de service, pourquoi il est à prendre en compte dans le secteur de la santé, et quels avantages il pourrait apporter en cas de futures pandémies. Nous partagerons également des cas d’usages tirés d’autres domaines où le design de service joue un rôle clé, notamment dans l’amélioration des processus et de l’expérience client.  

La suite dans le prochain épisode !

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